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Où placer le curseur ? : Appropriation vs motivation

lu sur thot cursus à propos des effets mitigés du tableau blanc interactif et d’une intervention de thierry Karsenti sur ce sujet à radio canada. Entre autres critères et études, il cite ces deux fait côte à côte

  • Selon d’autres études, les enseignants passent plus de temps à gérer les défis technologiques… qu’à se préoccuper de ce que les élèves apprennent. 
  • Le seul résultat concluant, c’est la motivation accrue des élèves… mais l’engouement disparaît aussi rapidement selon plusieurs.

C’est intéressant à noter car on peut y voir une échelle de deux valeurs opposées :

- sur un bout de l’échelle  il y a l’appropriation technologique, c’est à dire la maitrise fonctionnelle de l’outil et l’indépassable apprentissage de l’outil avec les difficultés inhérente à une formation purement presse-bouton

- sur l’autre bout, c’est l’usage de la technologie (ou d’un dispositif innovant “qui change de l’ordinaire” avec comme unique intention la motivation

on peut donc sur cette échelle voir d’une part la non prise en compte d’un apprentissage à l’outil qui va flinguer la séance mise en place et d’autre part la seule intention motivationnelle pour faire travailler les élèves.

Dans tous les cas deux écueils mal évalués !

Un autre exemple de télescopage, chez le dentiste, les deux piles de journaux avec deux unes sur le même sujet mais avec des discours différents, me semble-t-il !

Il ne s’agit pas d’un montage de mon fait mais d’un pur hasard !

Il y a sur Ouest France parfois des télescopages dans les titres qui sont assez intéressants. PAr exemple, le journal du jour, 9 mars 2012, en une

Dimensions

Lors de la correction des épreuves du capes, on est deux dans un jury pour corriger les copies. Ce qui est étonnant, c’est que pour qualifier l’acte qui consiste à avoir une réflexion personnelle par rapport au sujet, on emploie tous les deux une expression différente qui veut dire la même chose et qui en même est différente et surtout qui n’est pas positionné sur le même plan. Je dis “prendre de la distance” alors que lui parle de “hauteur de vue”. Il se situe donc sur l’axe vertical de la hauteur alors que je suis sur l’axe horizontal de la distance. Je trouve que cette distinction est porteuse de sens car elle induit à non sens des représentations différentes qu’il serait intéressant d’expliciter. Pour un acte qui consiste essentiellement à se decentrer…

Sur le plagiat et sur l’apprendre

Plusieurs choses se télescope ces derniers temps que je vais tenter de mettre en forme. Tous concernent le plagiat, le sens du travail, la prise de notes etc.

Premièrement, les résultats du travail de ces derniers mois en ECJS par les secondes sont très décevants. Les élèves n’ont aucune réflexion sur le travail et se contente d’appliquer des procédures de recherche.

Deuxièmement, on se demande ce que font les enseignants face au copier coller quand on voit les élèves travailler au CDI. Pas de réflexion sur les sources, travail sur un auteur de théâtre et sur une pièce française à partir d’une source anglaise traduite par google translate etc.

Troisièmement, on a eu la visite d’un représentant universalis. Le produit semble de prime abord intéressant, même si j’ai entendu une réflexion, non vérifiée, sur la fiabilité des informations. Mais le coût, plus de 1000€, avec une inflation à 2%!!! est un sacré frein. On se dit alors qu’il nous faudrait arriver à un rapport de 1€ la page lue, ce qui équivaut à 1000 élèves travaillant réellement avec un article, ce qui renvoie à un peu plus de 30 séances efficientes à 30/35 élèves. Il faut donc en passer par les profs mais avec quelles garanties sur la durée ? Face à Wikipedia ? Avec un retour de l’autorité qui ne se justifie peut être pas mais que faire quand on ne travaille jamais sur les sources et quand on accepte que les élèves répondent avec la première référence trouvée sur Google ? Une sorte d’acceptation fataliste et une démission collective ? Un autre moyen pour faire de la sélection : la capacité à choisir un texte et à le lire effectivement.

Quatrièmement le visionnage du JT20h. de France2 du 30 janvier, à 32,23min. sur le plagiat avec un bon reportage sur le plagiat à l’université mais aussi au collège et au lycée. On retient cette notion de savoir partagé mais l’objectif et c’est là que le bas blesse n’est pas le savoir mais la connaissance. Il ne s’agit donc pas de dire le savoir d’un autre mais d’apprendre. Quel apprentissage ?

La suite avec cette copie de philo. La plus value résiderait dans la mise en forme des savoirs copier/coller, ce qui suppose effectivement déjà une connaissance du sujet pour pouvoir mettre en plan. A un moment cette citation “c’est internet qui le disait” nous renvoie aussi à un noeud du problème, ce que j’appele le le magique ! Quelque part, je pense que cela arrange tout le monde que de ne pas savoir ce qu’il y a derrière la boutique ! Tout le monde consomme et puis bast !

Et puis autre chose, à l’écoute du prof de physique, corroborer par le lycéen de terminal, ce qu’apprennent finalement les élèves à l’école, c’est l’art d’agencer sans se faire voir. Si le prof de physique c’est débusquer chez le troisième la prose dont il n’est pas capable, le lycéen sait transformer le texte trouvé, avec ses mots à lui, afin de le rendre acceptable pour tout le monde. Je ne suis pas persuadé que le logiciel soit utile à l’avenir. Une question alors, et si la transformation avec ses mots à lui était le véritable apprentissage ??? Et si finalement dans l’art de tricher, il n’y avait pas la solution ?

Mouaip ! Enfin, je me retrouve totalement avec le prof de physique quand il parle de l’élève qui a l’impression d’avoir fait son travail quand il a travaillé sur l’information sans appropriation et donc sans retravail du texte !

Le terme de facilité revient aussi assez souvent. A pondérer cependant et à retenir le discours de cette étudiante sur la pression de la note et quelque part je pense sur l’importance du travail demandé! Vous savez quoi, ami lecteur, je suis de plus en plus pour la suppression des disciplines et pour l’enseignant unique en collège et peut être également en lycée. - fin du reportage à 35,56

Cinquièmement, lecture de cet article de Peter Sloterdijk qui remet le plagiat dans la perspective du discours universitaire selon Foucault vu comme la production ininterrompue de texte non lu qui ne peuvent pas trouver leur lecteur.

Au final, je ne sais que penser ?

Lecture de veille, 2 - standardisation de l’humain

La visibilité, l’exportation vers la machine d’une partie de ce qui fait l’humain, transformé pour l’occasion en un objet appelé identité, la standardisation par la machine des modes de publications de sa mémoire, l’explicitation systématique des connaissances et sa transformation en fonctionnalités techniques posent de sacré question sur notre avenir.

La visibilité, qui est l’aspect principal des réseaux socionumériques implique une pression sociale qui était jusque là virtuelle. Il y a une vraie différence entre s’annoncer fan d’une marque afin de pouvoir paraître cool et avoir une machine qui vérifie ce que vous faîtes réellement en temps réel et en permanence.

Aujourd’hui,  s’il n’y a pas de Télécran [comme dans big brother], c’est la pression sociale qui nous pousse à tout partager en ligne sur Facebook.La conséquence est donc que l’on montre la personne que les autres ont envie de voir et non la personne que nous sommes vraiment au fond de nous.

Il y a un risque pour que Facebook normalise la société, ce qui, de manière ironique, aura pour effet de limiter la pertinence de la base données qu’ils auront construit.

http://www.journaldunet.com/ebusiness/expert/50497/pourquoi-facebook-commence—vraiment—a-me-faire-peur.shtml

Cette peur de la normalisation, Bernard Stiegler en saisit bien le sens. En passant des histoires racontées, dans lesquelles le conteur n’a de limites que son imagination, aux traces laissées dans la machine, où c’est la machine qui impose la forme des traces, on a le risque d’une société standardisée où on aurait oublié que le cerveau derrière la main

Le problème du capitalisme, c’est qu’il détruit nos existences. Le marketing nous impose nos modes de vie et de pensée. Et cette perte de savoir-faire et de savoir-vivre devient généralisée. Beaucoup d’ingénieurs n’ont plus que des compétences et de moins en moins de connaissances. On peut donc leur faire faire n’importe quoi, c’est très pratique, mais ça peut aussi produire Fukushima. L’exemple ultime de cette prolétarisation totale, c’est Alan Greenspan, l’ancien patron de la Banque fédérale américaine, qui a dit, devant le Congrès américain qu’il ne pouvait pas anticiper la crise financière parce que le système lui avait totalement échappé.

http://owni.fr/2011/11/30/vers-une-economie-de-la-contribution/

On voit d’ailleurs que cette standardisation de la forme s’accompagne d’une standardisation des pratiques. ce qui auparavant était consigné dans le patrimoine humain sous formes d’histoires et de valeurs, d’éducation et de pratiques sociales, est maintenant inscrit dans la machine. Nous avons exporté une large part de notre identité humaine dans la machine qui se charge sans relache et ne nous lache jamais. Voir ce que dit affordance à ce sujet

Sur Facebook, on constate un double phénomène qui pourrait devenir rapidement préoccupant. Tout d’abord, un effondrement valeur symbolique - ou une dé-symbolisation - de la plupart interactions sociales courantes (voeux, anniversaires). S’y ajoute un hyperdéterminisme qui conditionne les mêmes interactions sociales. C’est toute la question (largement traitée sur ce blog) des ingénieries relationnelles.

http://affordance.typepad.com/mon_weblog/2012/01/reseaux-sociaux-usage-chambouletout.html

Ce qui est intéressant, c’est qu’il y a renversement entre virtuel et réel. La vie physique  peut être finalement très virtuelle car personne n’a les moyens de vérifier les discours individuels. La confiance s’exprime d’abord dans la croyance dans ces histoires que chacun raconte aux autres.Dans cet ancien monde, la virtualité narrative cède le pas à la réalité par la connaissance de l’autre. Rien pourtant ne nous empêchait de mentir un peu. C’est même la marque de l’humain que de mentir un petit peu, que d’enjoliver, que de raconter. Je suis même persuadé qu’on ne peut pas en vouloir à une personne qui ment à partir du moment où elle raconte une belle histoire.

Et aujourd”hui, où l’histoire est dans la machine, ou plutôt les éléments de l’histoire sont dans la machine, qui raconte les histoires ? La machine ? Les marketmen et women  ? Moi ?

Avec la visibilité permise par ces dispositif socio-technique, la standardisation des modes d’expression qui renvoie également à la standardisation des modes de pensées, car la machine nous transforme, l’exportation vers la machine de notre capacité à créer des histoires, la mise en forme et l’explicitation de nos connaissances tout cela concourre à créer un nouvel humain qui fait un peu peur quand même avec se sprothèses techniques.

Comment mentirons nous désormais ?


Les intentions derrière les mots : retour sur la curation

Dans le cadre d’un projet autour de la curation, j’en reviens sur ce mot qui m’a toujours surpris car il m’a semblé arriver de nulle part. Il visait pour remplacer l’emploi du terme de veille qui me paraissait pertinent, même si effectivement l’usage de ce mot dans notre contexte, ne couvrait qu’une partie de ce processus.

Un autre sujet d’étonnement est l’aspect transversal de cette pratique qui permet à des professionnels de l’information au sens large de dialoguer autour de la pratique alors qu’ils appartiennent à des univers différents : commercial, institutionnel, éducatif, médiatique etc.

Ce n’est d’ailleurs pas la même pratique à revendiquer une transversalité large. On pourrait également convoquer les notions de communauté, de récit, de social etc.

Et finalement, est-ce que le nom donné à une pratique n’est-il pas fonction des intention qui préside à la pratique.

La pratique de veille est commandée par une intention stratégique alors que la curation aurait plus comme intention une médiation sociale. La documentation aurait comme intention la gestion et la médiation des ressources.

Et en milieu scolaire, doit on parler de curation, cette pratique qui consiste à outiller la démarche d’apprentissage dans une intention pédagogique ou ne peut on revenir aux anciens qui eux parlaient de glose, à savoir la déconstruction d’un texte par la rencontre avec un individu libre, en position d’apprendre et confrontant ses connaissances en perpétuelle construction avec un savoir de référence.