Lecture de veille, 2 - standardisation de l’humain

La visibilité, l’exportation vers la machine d’une partie de ce qui fait l’humain, transformé pour l’occasion en un objet appelé identité, la standardisation par la machine des modes de publications de sa mémoire, l’explicitation systématique des connaissances et sa transformation en fonctionnalités techniques posent de sacré question sur notre avenir.

La visibilité, qui est l’aspect principal des réseaux socionumériques implique une pression sociale qui était jusque là virtuelle. Il y a une vraie différence entre s’annoncer fan d’une marque afin de pouvoir paraître cool et avoir une machine qui vérifie ce que vous faîtes réellement en temps réel et en permanence.

Aujourd’hui,  s’il n’y a pas de Télécran [comme dans big brother], c’est la pression sociale qui nous pousse à tout partager en ligne sur Facebook.La conséquence est donc que l’on montre la personne que les autres ont envie de voir et non la personne que nous sommes vraiment au fond de nous.

Il y a un risque pour que Facebook normalise la société, ce qui, de manière ironique, aura pour effet de limiter la pertinence de la base données qu’ils auront construit.

http://www.journaldunet.com/ebusiness/expert/50497/pourquoi-facebook-commence—vraiment—a-me-faire-peur.shtml

Cette peur de la normalisation, Bernard Stiegler en saisit bien le sens. En passant des histoires racontées, dans lesquelles le conteur n’a de limites que son imagination, aux traces laissées dans la machine, où c’est la machine qui impose la forme des traces, on a le risque d’une société standardisée où on aurait oublié que le cerveau derrière la main

Le problème du capitalisme, c’est qu’il détruit nos existences. Le marketing nous impose nos modes de vie et de pensée. Et cette perte de savoir-faire et de savoir-vivre devient généralisée. Beaucoup d’ingénieurs n’ont plus que des compétences et de moins en moins de connaissances. On peut donc leur faire faire n’importe quoi, c’est très pratique, mais ça peut aussi produire Fukushima. L’exemple ultime de cette prolétarisation totale, c’est Alan Greenspan, l’ancien patron de la Banque fédérale américaine, qui a dit, devant le Congrès américain qu’il ne pouvait pas anticiper la crise financière parce que le système lui avait totalement échappé.

http://owni.fr/2011/11/30/vers-une-economie-de-la-contribution/

On voit d’ailleurs que cette standardisation de la forme s’accompagne d’une standardisation des pratiques. ce qui auparavant était consigné dans le patrimoine humain sous formes d’histoires et de valeurs, d’éducation et de pratiques sociales, est maintenant inscrit dans la machine. Nous avons exporté une large part de notre identité humaine dans la machine qui se charge sans relache et ne nous lache jamais. Voir ce que dit affordance à ce sujet

Sur Facebook, on constate un double phénomène qui pourrait devenir rapidement préoccupant. Tout d’abord, un effondrement valeur symbolique - ou une dé-symbolisation - de la plupart interactions sociales courantes (voeux, anniversaires). S’y ajoute un hyperdéterminisme qui conditionne les mêmes interactions sociales. C’est toute la question (largement traitée sur ce blog) des ingénieries relationnelles.

http://affordance.typepad.com/mon_weblog/2012/01/reseaux-sociaux-usage-chambouletout.html

Ce qui est intéressant, c’est qu’il y a renversement entre virtuel et réel. La vie physique  peut être finalement très virtuelle car personne n’a les moyens de vérifier les discours individuels. La confiance s’exprime d’abord dans la croyance dans ces histoires que chacun raconte aux autres.Dans cet ancien monde, la virtualité narrative cède le pas à la réalité par la connaissance de l’autre. Rien pourtant ne nous empêchait de mentir un peu. C’est même la marque de l’humain que de mentir un petit peu, que d’enjoliver, que de raconter. Je suis même persuadé qu’on ne peut pas en vouloir à une personne qui ment à partir du moment où elle raconte une belle histoire.

Et aujourd”hui, où l’histoire est dans la machine, ou plutôt les éléments de l’histoire sont dans la machine, qui raconte les histoires ? La machine ? Les marketmen et women  ? Moi ?

Avec la visibilité permise par ces dispositif socio-technique, la standardisation des modes d’expression qui renvoie également à la standardisation des modes de pensées, car la machine nous transforme, l’exportation vers la machine de notre capacité à créer des histoires, la mise en forme et l’explicitation de nos connaissances tout cela concourre à créer un nouvel humain qui fait un peu peur quand même avec se sprothèses techniques.

Comment mentirons nous désormais ?