Lecture de “Formaliser l’activité de recherche d’information : les modèles et modélisations à l’épreuve des pratiques effectives”
Cet article propose d’évaluer la pertinence des objets sociaux de référence français pour l’enseignement de la recherche d’information. Après une analyse de ces objets d’autorité, constitutifs d’une culture professionnelle, et de leur impact sur les pratiques de formation des enseignants documentalistes, est proposée une étude de l’activité de recherche d’information développée dans la sphère non formelle. Peut ainsi être mesurée la compatibilité entre les pratiques formelles et les pratiques non formelles, socialement légitimées.
Lecture de l’article
Tension entre pratiques formelles d’apprentissage à la recherche d’information et pratiques des usagers
étude/action orientée processus vs étude/action orientée usagers. Ce qui est pris en compte, c’est la méthodologie de recherche à adapter aux usagers ou partir des pratiques numériques pour formaliser leurs pratiques de recherche
problématique
Nous proposons donc d’aborder ici le questionnement suivant : comment les pratiques non formelles questionnent la pertinence des objets sociaux de référence pour l’enseignement de la recherche d’information ?
L’étude porte sur le collège
Partie 1. La recherche d’information est une pratique formelle au coeur de la culture professionnelle des enseignants documentalistes.
3 objets structurants : le référentiel de compétence de la Fadben de 1997, le domaine 4 du SCCC (anciennement b2i?) et le Pacifi
Le premier est qualifié de désuet, car ‘strictement linéaire’ et ne prenant pas en compte les avancées dans le domaine sociocog ni le numérique.
Le b2I est orienté technologie et vise des compétences procédurales (appuyer sur le bouton) et non une culture de l’information. Il s’inscrit dans un dispositif numérique ignorant les besoins de recherche en analogique.
Le pacifi s’inscrit dans une logique d’apprentissage “spiralaire” tout au long de la scolarité. Il se veut un modèle souple dans lequel puiser mais reste prescriptif, ancré fdans la relations aux disciplines d’enseignement, et renvoie aussi à des compétences procédurales.
Ces outils “constituent avant tout selon eux un point d’ancrage du développement de leur (les profs docs) identité professionnelle.” et aussi “Plus encore ils sont
considérés comme une aide à leur action pédagogique, d’autant que peu d’instructions officielles concernent précisément l’enseignement de l’information-documentation en France.”
donc ancrage professionnel et accompagnement à l’action de formation sont au coeur de ces outils.
Le premier est structurant, le b2i permet de s’inscrire dans une pratique d’enseignement, notamment via l’évaluation et le pacifi semble répondre à la demande de légitimation mais sans ampleur particulière.
Quoi qu’il en soit, ces outils se présentent comme le relais d’attentes sociétales relatives à la formation des élèves à la recherche d’information. C’est particulièrement vrai en ce qui concerne Internet, objet socialement partagé pris en charge par les discours sociaux. Des attentes sociétales que les enseignants documentalistes projettent également, et qui provoquent une distorsion entre leurs pratiques ordinaires et les pratiques de formation qu’ils développent.
…
il s’agit de répondre à une attente sociétale, laquelle est liée à son statut d’enseignante
Hiatus entre pratiques personnelles de recherche et demande sociale pour laquelle les e-doc se pensent investis avec au coeur un “on” qui serait l’institution prescrivante.
Partie 2. L’activité de recherche d’information, une activité socialement construite
L’activité de recherche d’information est avant tout une activité socialement construite, que l’individu élabore à partir de ses expériences et socialisations vécues (Cordier, 2010).
Ces pratiques informationnelles développées dans la sphère non formelle ont pour leurs acteurs une véritable légitimité. Les discours des élèves concernant leurs pratiques documentaires ordinaires témoignent de la légitimation sociale dont ces pratiques sont l’objet, notamment au sein des réseaux familiers.
C’est donc un apprentissage au cœur de la cellule familiale et par les pairs qui se développe. C’est le cas de google légitimé par les pratiques de l’entourage.
Au coeur de l’apprentissage dans le cadre des communautés auxquels appartiennent les enfants, 3 points : les risques liés à la communication numérique véhiculée par les parents ; la validité de l’information par les fratries ou les pairs ; l’observation des “arts de faire” (certeau) légitime les pratiques numériques des enfants. Quelques fois, on observe des essais des explications peu construit pour expliquer les outils.
Face à cette structuration et légitimation des pratiques non formelles de recherche sur Internet, les enseignants documentalistes apparaissent pris en étau, entre une volonté écologique de tenir compte des pratiques non formelles et le cadre normatif dans lequel ils construisent leur enseignement.
Mais la difficulté essentielle pour eux semble résider dans un sentiment d’expertise partagé, qui rend leur mission d’enseignement plus complexe.
L’enseignant documentaliste se heurte donc à des pratiques numériques légitimées dans l’entourage qu’il essaye de formaliser avec des outils issu d’une culture de référence légitime elle également mais normative et issu de pratiques anciennes.
Ces formations mises en place sont aussi structurée par un ordre d’apprentissage de supports qui vont du légitime à l’illégitime, de la culture du livre vers la culture numérique et implicitement l’enseignant doc se vit légitime dans la première culture, moins dans la seconde.
Dans cette structuration, il y a transformation de la forme en dogme dans un but de s’assurer une autorité.